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    Jean-Louis Godjo

    peintre
    Villers Farlay Jura France


    - 1985 -fresques sur maison et hangar, Villers Farlay
    -la mort de Rubens (bourse de la DRAC), fresques à Bruxelles, Anvers, Namur, Aalst, Belgique

    -1986 -galerie Zeitkunst, Kitzbühel, Autriche
    -Art Basel, galerie Zeitku
    art impressions
    Démarche artistique
    GODJO :

    LE GENTIL INFIRMIER

    OU LE SAINT AMOUREUX

    OU LE PEINTRE DES ENFANTS

    OU LE FOU DU ROI

    OU ....



    C'est complètement idiot d'espérer faire quelque chose en peinture qui puisse faire rire les gens. Il n'y a aucune peinture dans l'histoire qui a réussi ce pari impossible. Jusqu'à maintenant, l'art est bien trop sérieux et vaut des millions. Alors, pas question d'en rire ! Ca serait plutôt le contraire : au plus c'est triste, au mieux c'est ! Alors ici, c'est une expo idiote ? Eh oui, bien sûr ! Comme d'habitude ! C'est un thème un peu à la mode : la légèreté ! Pour oublier tous vos soucis quotidiens, un peu de distractions, please ! Et on oubliera le chomage, la drogue, la violence, le fric, la politique, la religion, la maladie, la mort, la connerie.......... Vite ! Fermez la porte ! Et restons coincés dans un art douillet. Chut ! Taisez vous et écoutez cette douceur.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Mais, c'est aussi idiot d'écrire au lieu de peindre ? Peut-être ou sûrement, vous avez raison car je n'ai rien de spécial à dire. Mais, je n'ai rien de spécial à peindre non plus. C'est le grand vide pour l'instant. J'ai pourtant l'impression d'avoir essayé pas mal de « trucs » en peinture. Mais, je n'ai pas encore réussi à faire bouger beaucoup de gens. Certainement que je n'ai pas encore osé faire ce que je voulais vraiment ? Pas osé ? Eh oui, je suis un trouillard ! Pas si facile d'aller montrer mes « pauv'dessins »aux autres. La peur du ridicule, la peur du rire des autres. Qu'il est con ce godjo ! Qu'il est nul ! .......En tout cas, pas sérieux du tout ! Bref, pour l'instant, j'ai envie d'écrire. Je ne sais pas pourquoi, mais peut-être qu'après ça ira mieux ! Tellement j'ai de conneries dans ma tête. Alors, j'ouvre ici le robinet. Reculez-vous un peu. Vous risquez d'être éclaboussé ! La magie des mots plus forte que celle de la peinture ? Peut-être bien des fois. Mais ces magies se ressemblent, se lisent toutes les deux et chaque lecteur a son interprétation devant ces symboles. Pas besoin d'un professeur pour expliquer même si on ne comprend pas tout.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Mais quelle est la bonne recette pour bien vivre ? Pour réussir ? On a qu'une seule vie, qu'un seul tour de manège. Alors, il s'agit de ne pas le louper, d'en profiter au maximum. Il s'agit donc de ne pas passer son temps à se plaindre et de regretter le passé. Regarder et écouter les autres ? Ils ont la solution ? Aller à droite, aller à gauche pour leur demander ? Peut-être, je n'en sais rien trop rien. Il faut gagner un maximum de fric ? Il faut être honnête ? Il faut tricher ? Il faut être pauvre ? Il faut s'exhiber ou se cacher ? Aider les autres ou s'occuper de soi ? Bouger ou rester sur place ? Aimer une fille, un garçon ou rester seul ? Faire la paix ou la guerre ? Maigrir ou grossir ? Aller vite ou traîner ? Faire ce qu'on a envie ou faire comme tout le monde ? Je crois que je n'aurai jamais la réponse. Alors, je me laisse porter par les vagues sans essayer de comprendre quelque chose...Mais dans quelques minutes, une belle sirène me chantera sa chanson et j'aurai envie de la suivre, car c'est sûr, c'est là-bas qu'il faut aller ? .....Je n'en sais rien. Plus de questions à me tracasser la tête ! Seulement flotter. C'est possible ?



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    L'art sans peintures ni pinceaux, ça existe de plus en plus. C'est très à la mode. Avec un grand discours à côté, pour tout justifier. Et surtout pour bien vendre très cher à quelques personnes connes, mais pleines de fric. Et toi Jean-Louis, tu nous sers aussi une grande tartine tout à fait indigeste et incompréhensible. Tu es bien aussi bête que ces plasticiens ! Pauvre garçon qui se dit artiste et qui ne fait que du blablabla......Mais où sont donc les beaux tableaux ? Les beaux paysages franc-comtois ? Et en plus, il faut qu'ici, ces beaux tableaux fassent rire !!! N'empêche, que si j'y arrive, je serai le premier à réussir à faire des beaux tableaux rigolos !!! Ce serait vraiment super ! Enfin quelque chose de neuf dans le monde de l'art qui était devenu vide et ennuyeux. C'est beau de rêver ! Mais je suis bien trop con pour ça. Je préfère écrire ce que j'aimerais faire plutôt que de le faire. Oui, être le premier peintre rigolo. Et je serai célèbre et je gagnerai plein de fric ! Et je ferai de belles expos dans les galeries super chic à New-York ...En haut de l'affiche, on verrait : « godjo, le peintre rigolo ! » C'est beau de rêver et de rester assis sur une chaise à attendre que le train passe.... Allez, bonne sieste.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Mais, c'est pas facile de faire rire les gens. Je ne suis vraiment pas un clown. Encore que bien souvent, le clown ne me fait pas rire du tout. Et pourtant, je ris souvent avec les gens. Eh oui, ça permet de ne pas répondre aux questions graves et sérieuses. Je ris et le temps passe et le problème est oublié, il disparaît. Et en plus, mon idéal d'artiste, c'est le bouffon, le fou du roi ! Celui qui moque de tout, de lui et du roi. Pourvu qu'il arrive à faire rire la galerie. Et d'un autre côté, les peintres que j'aime ont le look artiste maudit-écorché (Bacon, Basquiat, Chaissac...) Pas de modéle de bouffon à imiter. C'est énervant. Suis-je vraiment un peintre ? Bah ! Rire ! ...Et le bouffon est sérieux ? Il gagne beaucoup de sous ? En tout cas ; il est vraiment utile car d'une façon rigolote, il dit la vérité ! Bref, il faut rire sérieusement. Mais pas trop quand même. Ce ne serait plus rigolo. Et les peintres maudits meurent à rester dans leur coin. Et tellement heureux quand un public les applaudit ! ( Rires dans la salle ) Qu'est-ce-que je peux dire comme conneries ! Bah ! C'est normal « I am the best ! " Vous avez raison maître godjo !


    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Et tout ça, c'est pour rire ! Le propre de l'homme ? Et c'est aussi une belle occasion de montrer ce que je fais à un public. Je suis sur la scène. Il s'agit de ne pas décevoir le public qui est venu pour avoir quelque chose à se mettre dans les yeux. Tout faire pour qu'à la fin de la visite, il applaudisse pour me remercier et qu'ensemble la foule s'écrie : vive godjo ! C'est peut-être pas un grand artiste, mais qu'est-ce qu'on rigole avec ses peintures ! .....

    Qu'il est doux de se laisser aller à divaguer ! Ecrire comme peindre. Sans queue ni tête, pas comme il faut, pas comme à l'école !

    Mais, je m'en fiche pas mal. Tellement ça fait du bien d'écrire tout ce qui passe par la tête. Stop ! Je dois m'arrêter. Je commence à être hors sujet. Je n'ai pas de temps à perdre. Il faut absolument que je frappe fort, un grand coup. Pour que tout le monde sache que j'existe, que je suis fin prêt pour aller prêcher la bonne parole dans le monde entier : un grand rire énorme qui dérangera bien tous les coincés. Plus dangereux que les terroristes ? Aie, non ! pas quand même ! Ou alors terroriste de la tête. Eh oui, l'artiste ne se mouille pas trop. Il est là que pour distraire la galerie. Il n'a rien à voir avec les vrais problèmes très concrets. Même s'il se moque des bêtises de la société. Eh oui, pour qu'on rigole et qu'on oublie de se prendre au sérieux.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Ca y est, j'ai complètement perdu le fil de mon histoire du gentil infirmier godjo. Mais oui, vous savez bien: un pauv'gars qui adolescent a cru que la peinture, l'art, était sa voie, son salut : une façon de s'en sortir de ses problèmes de solitude, pour s'exprimer quoi ! Pour créer un monde bien à lui. (Puisque dans le monde réel, il était exclu ) Eh oui, d'autres avant lui vivaient leur vie en faisant les pires gribouillages ! Et on les applaudissait ! A lui donc de faire les pires dessins ! Les plus moches possible ! Ca paraissait assez simple. Hélas, facile à faire, mais pas évident à montrer, à convaincre. Eh oui, personne n'est venu dans sa chambre pour l'encourager et lui acheter ses dessins idiots. Et bien sûr, l'argent ne voulait pas tomber du ciel. Alors, il s'est décidé à suivre une formation pour devenir infirmier ! Eh oui, bien sûr, m'enfin, c'est normal puisque son épouse était infirmière ! Ca lui a donné l'idée de faire pareil ! .... Pas facile les études, mais surtout quel choc ! Enorme choc devant tous les corps nus et qui souffraient dans les hôpitaux. Très, très loin de l'esthétique des beaux-arts ! Là, je ne dessinais pas, mais je faisais des toilettes, pansements, piqûres... Je touchais vraiment les gens de très, très près.


    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Et dans les hôpitaux, il vaut mieux rigoler. Eh oui, quoi faire d'autre après le médecin ? L'infirmier est là pour rendre le séjour le plus agréable possible ( ou le moins douloureux possible ) Alors, le médecin serait le roi : Celui qui décide, qui détient la vérité ? .... Et l'infirmier serait le fou du roi : celui qui distrait les gens, les malades ? Non, je ne crois pas, ce serait vraiment trop simple. Encore que dans un sens, tout le monde est roi : Chaque personne est maître de son destin et l'artiste, le fou du roi, l'infirmier est là pour nous faire rire. En se moquant de nos misères qui ne sont que passagères et à trouver la meilleure solution possible pour une guérison, jusqu'à la prochaine maladie ! .... Mon dieu, quelle philosophie à bon marché ! Saint godjo, priez pour nous ! Et je me rends compte maintenant que tout est logique dans mon installation : à l'extérieur, avec les différents saints de tous les jours qu'on sollicite pour aller mieux. Le saint c'est le fou du roi, l'artiste, l'infirmier. En un mot, c'est godjo. Et il me restera à peindre les lits des malades pour aller faire mon boulot. Ca y est, vous avez bien tout compris ? Allez, à tout à l'heure, je reviens.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Bref, je resterai un infirmier toute ma vie. Eh oui ! Mais aussi artiste, fou et saint ! Il perd complètement la boule ce pauv'gars de Villers-Farlay ( Jura ) Un peu le pays de Pasteur, vous savez, la rage ! La folie quoi ! Encore une histoire de médecine !

    En parlant de la région, ça me fait penser à la censure que j'ai eue ici à Besançon. Je voulais amuser les gens avec des nus ( à la Grecque : avec des grands zizis, quoi ! ) Mes banderoles ont commencé à être accrochées mais ça a du s'arrêter net : Plainte à la mairie, plainte au roi ! Entre deux tours de législative, il ne fallait pas choquer les électeurs. Alors, il faut clouer le bec au fou du roi ! Le roi a toujours raison ! Vous savez, celui qui se prétend représenter les gens, tous les rois. Et une autre fois, un roi d'un centre linguistique n'a pas aimé non plus que j'écrive « putain » et « salope»... Ta gueule, bouffon ! Le roi a toujours raison ! Et une autre fois, dans la belle ville de Florence, j'ai peint une descente de croix où mes personnages qui entouraient le christ mort, avaient le sourire : eh oui, car ils savaient qu'il était en train de faire une farce, qu'il ressuscitera dans trois jours ! Stop bouffon ! On ne rigole pas avec la religion, s'écria le roi de l'institut. Le roi a toujours raison ! ... Eh oui, dur métier que celui de fou du roi. Mais, c'est comme ça. Et à chaque fois, même si le malade est désagréable, je reviendrai avec le sourire quand il me sonnera. Le malade, le roi a toujours raison.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Et godjo et le cul et le sexe : quoi de neuf de ce côté là ? Toujours une de ses préoccupations essentielles. Quelque chose qui le plonge dans des mondes fantastiques. Du côté de chez godjette ? Chut ! Vie privée ! Plus facile de parler cul que d'amour. L'amour très réel, vrai, concret, social, loin des jeux érotiques. Une porte s'ouvre de temps en temps, mais il y en a beaucoup d'autres. Chacun se réserve toujours quelques mondes secrets, certains partagés bien sûr. On ne connaît jamais vraiment l'autre, l'aimée, puisque de toute façon, on arrive jamais à bien se comprendre soi-même, trop compliqué. Alors, c'est plus facile de rigoler avec le sexe, de faire le malin avec, en espérant se libérer un peu et ouvrir quelques portes ? Après ? Mais les filles ? Quel sujet vraiment tabou, mystérieux, inconnu, excitant ! .. Et le sexe se redresse sans rien comprendre et plonge vers toutes ces filles qui n'attendent que lui. Prêtes pour lui à donner mille plaisirs à n'en plus finir. Mondes interdits tellement abordables dans la tête ! Le sujet no 1 de mes peintures. Une des principales raisons qui m'a fait à commencer à dessiner et à peindre : pouvoir peindre des nus, comme les autres peintres, sans être taxé d'obsédé sexuel, sauf par mon père. Et après bien sûr, j'ai peint aussi des nus masculins et avec le sexe bien droit, bien vivant ! Pas hypocrite ! Ca vous fait rire ?



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Eh oui, le droit de par mon statut d'artiste de pouvoir faire, peindre, écrire certaines choses. Le droit du fou du roi, jusqu'à ce que le roi dise Stop ! Oui, quel délice de faire comme les gosses à parler pipi, caca, zizi... à en pouffer de rire. Le droit d'ouvrir sa tête et de déverser sur du papier, toile, mur toutes les conneries qui s'y trouvent. Et que tout le monde a en tête aussi. On l'applaudit, qu'il continue ! Qu'il continue ! Et justement, l'artiste n'arrive pas toujours à s'ouvrir la tête, il n'ose plus. Le roi l'énerve ? Et il ne fait plus que des jongleries, des soins techniques, de beaux tableaux ( de la belle Franche-Comté) Il n'est plus là. C'est une machine. Il se répète. On s'ennuie devant ce vide. Mais le roi l'énerve vraiment ? Et alors ça le réveille. Il en a ras le bol de se poser des questions pour savoir quelle porte il va ouvrir, sans arriver à se décider. Ras le bol de s'endormir, de se prendre au sérieux, à réfléchir. Il a envie cette fois de crier un tas de conneries, dans tous les sens. Tant pis, si ça n'a ni queue ni tête. Ou tant pis si ça n'a que des queues et des têtes. Ca fera un feu d'artifice, une pétarade de gros mots. Ca va vous réveiller aussi.



    Merci, monsieur l'infirmier.





    Il faudrait que je parle un peu de politique, du roi ? Que je me moque un peu de lui ? (Mais pas trop quand même ) Mais j'en ai pas grand chose à faire de ces rois des rois, les élus ? Ca me dépasse toujours. Ils ne me font jamais rire à jouer avec nos sous, à prétendre détenir la vérité, la bonne solution à tous nos problèmes... Eux, ils savent ! Ils savent surtout penser à eux ! C'est loin d'être des saints ! La seule chose qui m'intéresse, c'est bien chaque individu, roi de lui-même. Et je fais souvent un tableau qui correspond à une personne qui l'achètera. Et chaque installation sera interprétée différemment par chaque individu-roi. Je soigne une personne à la fois. Mais il y a beaucoup de malades à l'hôpital. C'est d'ailleurs curieux qu'en ce moment il manque beaucoup d'infirmier(e)s dans les hôpitaux ! Et combien y-a-t-il d'artistes qui nous soignent vraiment ? Il en manque aussi beaucoup !!! Mais bien sûr, I am the best ! Celui qui vous fer péter de joie! Ouais ! A voir ! Bien prétentieux ce godjo ! Eh oui, c'est normal ! Il faut bien que je gagne ma croûte, pour vous convaincre de me prendre comme infirmier. Qu'est-ce qu'il est gentil cet infirmier ! Il a toujours le sourire.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Mais pourquoi il écrit ? Ca n'est plus de la peinture, du grand Art ! OUI, c'est vrai. Tant pis et tant mieux puisque l'Art ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est la peau, la chair, le contact physique, humain, avec toutes ses faiblesses, déchirures, souffrances et douceurs. J'en ai rien à foutre d'être un grand artiste sérieux ! Plein de sous comme le roi ! Non ! Je ne veux être qu'un saint, nu comme un saint François, un infirmier, un gentil fou et être utile ! C'est déjà pas si mal. Et comme j'ai envie, besoin d'écrire, de m'écrire, comme de vous écrire, je le fais et tant pis donc si ça n'est pas de l'art. L'essentiel c'est que vous me lisiez. D'ailleurs, ma pauvre culture artistique, c'est dans ma jeunesse, les vitraux des églises, les tableaux du chemin de croix et les belles images, réclames que j'avais quand j'étais sage ! Les tableaux-musée n'avaient aucun sens, aucune utilité ! Un autre monde à part que j'ignorais ! Et donc, les images pieuses et les réclames étaient toujours accompagnées par un titre, texte, slogan, histoire.

    Et le pouvoir de l'écrivain qui avec des mots, des lettres crée un monde, une révolution. Et aussi la lettre des amoureux où de la vie, de la passion, de l'amour passent à travers les mots ! ...

    Merde au grand Art ! Et Vive la Vie! ..

    L'Art avec ses codes, ses règles, ses prix....

    Et la Vie qui va dans tous les sens ! ...

    Vous avez bien raison !



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Mais, je n'ai peut-être pas encore réussi à vous faire rire de mes bêtises. Mais, je vais y arriver. C'est mon boulot. En étant plus sincère ou en disant les plus grosses bêtises ? A vous de faire le tri. Mais, je fais des prières pour que tout se passe bien et que cette expo soit un jour capital dans votre vie. Eh bien oui, le jour où j'ai réussi à vous décrocher un timide sourire ( ou un rire ? ) quand j'ai baissé ma culotte et vous ai pété à la figure ! Ca décoiffe, hein ? Et à force de me moquer de vos immenses problèmes, vous allez bien finir par comprendre que tout n'est pas si grave et que vous allez en rire et vous irez et vous vivrez mieux. Qu'il n'est pas encore l'heure de tomber dans le trou de la mort ! Et qu'il vaut mieux encore en profiter. Amen ! Ca devient trop grave ! Stop ! On ne parle pas de ça ! On ne rigole pas avec la mort ! Ni avec la maladie ! Ni avec tous les malheurs des gens ! Oui, c'est vrai. Oui, vous avez raison monsieur le roi des rois. C'est pas bien. Je m'arrête. Salut et à demain ! Je recommencerai ! Complètement idiot et méchant ? Oh non ! Je n'ai pas envie de ça. Je suis sûrement stupide mais je veux être surtout gentil ! Vous me pardonnez ? Vous souriez ? Vous êtes gentil vous aussi. Je suis heureux de vous avoir rencontré aujourd'hui. J'ai toujours beaucoup de misère à aller vers les autres. Timide oui. Et pourtant, quelles richesses, quelles découvertes à chaque rencontre.

    Entre roi et roi. Entre toi et moi.



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Il aura fallu que je parle de cul, de religion, de fric, d'amour, de malheurs, de souffrances, de la mort, du boulot ! ... J'ai sûrement oublié quelque chose ? Ah oui, la politique ? Non, j'en ai parlé : aucun intérêt. Et la méchanceté ? Celui qui fait du mal à l'autre ! Ca existe ? Eh oui, et ça fout la trouille ! C'est même des fois des foules entières qui se mettent à torturer d'autres personnes ! La trouille que ça me donne ! Comment est-ce possible ? Ces gens, ces rois, ne savent plus rire ? Plus rire d'eux-mêmes ? Quel boulot à faire pour dire stop à tous ces rois devenus fous ! ... C'est sûrement un peu de ma faute. Il faut que je parte en croisade ? Aller prêcher la bonne parole ? Et tuer la vermine ? Le chiendent ? Oh, non, surtout pas ! A moi de me débrouiller avec mes outils, mes armes : le pinceau avec un peu de couleur dessus ! Et arriver à les faire rire. C'est à dire, à se regarder aussi con que moi. Mais ça peut s'arranger. Ca se soigne. Vous n'avez qu'à faire quelques prières à tous les saints ( en particulier saint godjo ) et ça marchera. Surtout si vous allez à l'hôpital où il y a le gentil infirmier godjo. Celui qui vous prendra pour un roi et vous fera rire, rire, rire...



    Merci, monsieur le gentil infirmier.





    Et à la fin du spectacle, on passe l'assiette pour récolter un peu de sous. Et je ne sais pas si ça sera remboursé par la sécurité sociale. Infirmier, artiste, fou, saint, le godjo reconnu d'utilité publique ? Ou comme catastrophe naturelle ? En clinique ou en hôpital public ? Pour tous les goûts et toutes les bourses. Mais malheureusement, jamais gratuit ! Quand il ne se fait pas payer, il n'est pas pris au sérieux ! Normal pour un fou ? Et on ne lui donne rien en échange, on ne lui dit pas merci ! Il a tout raté, il a tout faux. D'autant qu'avec le godjo, il y a la godjette et aussi les 4 p'tits godjos. Il faut bien faire vivre la famille. Quelle drôle d'idée il a eu de faire ce métier ! Mais c'est lui qui l'a voulu. A lui de se débrouiller pour que ça marche. Au boulot godjo, fais nous rire ! Donne-nous du plaisir de vivre ! Ouais ! Super ! Et une foule d'admirateurs et d'admiratrices en délire me poursuit pour me féliciter. Oh, monsieur le gentil infirmier, vous êtes vraiment génial ! Vous voulez un peu de chair fraîche ? ... Allez-y, servez-vous ! .... Aie, aie, aie... C'est pas très bon tout ça. Je ne suis pas un saint ! ...Attention !! Stop ! Vite à mes pinceaux, que je me soigne !



    Merci, monsieur le gentil infirmier.



    (Texte accompagnant une exposition à l'IUFM de Besançon)


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    Michel Martin
    artiste, peintre, pastelliste

     
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